Un parc Dragon Ball à Mirapolis ? Une piste sérieuse mais encore loin d’être confirmée
Politico a révélé ce vendredi des négociations menées depuis plusieurs mois entre l’Élysée et le groupe saoudien Qiddiya autour de l’ancien site de Mirapolis, près de Cergy. Le Parisien dit avoir recoupé l’information. Un accord officiel prouve que Qiddiya étudie bien un grand projet de loisirs en France, mais aucun document public ne mentionne encore Courdimanche ou la licence Dragon Ball.

En quelques heures, Son Goku a remplacé Gargantua dans les titres consacrés à Mirapolis. Vendredi 31 juillet, l’ancien parc du Val-d’Oise, fermé depuis 1991, a resurgi avec une perspective spectaculaire : accueillir une version française du parc Dragon Ball développé par Qiddiya en Arabie saoudite.
L’image a de quoi frapper. Le projet saoudien promet plus de trente attractions et un Shenron de 70 mètres. Pourtant, rien de semblable n’a encore été présenté pour Courdimanche. Les informations publiées décrivent un dossier d’investissement suivi au plus haut niveau de l’État, avec un site et une licence envisagés. Les documents officiels attestent uniquement de discussions franco-saoudiennes sur un projet de loisirs en France. Toutes les autres pièces restent confidentielles.
Politico révèle des négociations pilotées par l’Élysée

Le point de départ est une enquête de Politico intitulée « L’Élysée en passe d’attirer un méga-investissement saoudien aux portes de Paris ». Selon le média, la présidence française négocie depuis plusieurs mois avec Qiddiya Investment Company autour de l’ancien terrain de Mirapolis, à Courdimanche. Le projet de travail comprendrait une déclinaison plus petite du parc Dragon Ball annoncé près de Riyad.
Politico rapporte aussi une réunion organisée à la fin de juillet sous l’autorité du préfet d’Île-de-France, Georges-François Leclerc. Une dizaine de cabinets ministériels y auraient participé, aux côtés de RTE et d’Île-de-France Mobilités. Les échanges auraient porté sur la gouvernance, l’alimentation électrique, les transports et la maîtrise du foncier. Le contenu de cette réunion montre que l’administration examine déjà les conditions concrètes d’une implantation, même si elle n’a encore rien autorisé.
Quelques heures après Politico, Le Parisien a dit avoir confirmé l’information. Le quotidien évoque des négociations directement pilotées par l’Élysée et la perspective d’un investissement de plusieurs milliards d’euros. Hospitality ON, qui a également suivi le dossier, parle plutôt d’une opération susceptible de dépasser un milliard d’euros et précise que l’enveloppe n’est pas arrêtée.
Cet écart entre les montants avancés constitue déjà un appel à la prudence : aucun budget stabilisé, plan du parc, montage financier ou calendrier n’a été rendu public par l’Élysée, Qiddiya ou les collectivités concernées. Les informations de Politico rendent crédible l’existence de négociations, mais elles ne permettent ni de conclure qu’un parc Dragon Ball s’installera à Courdimanche ni qu’une décision d’investissement serait imminente.
Le passé du terrain invite d’autant plus à ne pas s’emballer. En 2016, un écovillage touristique de 100 millions d’euros avait été présenté avec un début des travaux prévu en 2018 et une ouverture envisagée en 2019 ; dès l’année suivante, le programme était au point mort faute d’investisseurs. Un nouveau projet de cottages touristiques et de coliving a ensuite atteint le stade du permis de construire et de l’évaluation environnementale en 2024, sans que l’ancien parc ait encore trouvé sa reconversion.
Un accord officiel qui date de 2025
La piste possède néanmoins un socle public. Le 19 mai 2025, lors du sommet Choose France, Qiddiya et le gouvernement français ont annoncé la signature d’un protocole d’accord. Le dossier publié par l’Élysée évoque « l’exploration d’un projet majeur lié au tourisme et au divertissement en France ».
Ce document confirme que Qiddiya cherche un point d’entrée dans les loisirs français et que l’État accompagne les discussions depuis plus d’un an. Il ne donne aucune localisation, aucun montant et aucun contenu. Mirapolis, Courdimanche, Cergy et Dragon Ball n’y apparaissent pas.
Le scénario révélé par Politico pourrait donc constituer la traduction locale de cet accord. Le lien est cohérent, mais il reste déduit de la chronologie et des informations de presse. Aucun avenant, contrat ou communiqué public ne permet encore de le démontrer.
Le profil de l’investisseur donne au dossier une dimension économique particulière. Qiddiya appartient intégralement au Public Investment Fund, le fonds souverain saoudien. La société développe près de Riyad une destination réunissant parcs à thème, équipements sportifs, salles de spectacle et hébergements. Ses capacités financières rendent un investissement majeur crédible. Elles ne renseignent ni sur la somme réservée à la France ni sur les partenaires appelés à la compléter.
Qiddiya travaille déjà avec Toei Animation en Arabie saoudite
Le volet Dragon Ball n’a pas été choisi au hasard. En mars 2024, Qiddiya et Toei Animation ont annoncé un parc consacré à la licence japonaise à Qiddiya City. Le programme officiel couvre plus de 500 000 m², soit 50 hectares, avec sept zones et plus de trente attractions. Sa pièce maîtresse doit prendre la forme d’un Shenron de 70 mètres abritant des montagnes russes.
Le parc doit parcourir la saga depuis la série Dragon Ball originale jusqu’à Dragon Ball Super. Parler d’un parc « Dragon Ball Z », comme cela a beaucoup été fait en France, constitue donc un raccourci. Qiddiya présente surtout son accord avec Toei Animation comme un partenariat de long terme susceptible d’être élargi. Cette relation rend une déclinaison internationale plausible.
Elle ne suffit pas à établir l’existence de droits pour la France. Les communications de Toei Animation et du site officiel Dragon Ball portent uniquement sur Qiddiya City. Le groupe saoudien continue de présenter ce projet comme le seul parc Dragon Ball au monde. La formule peut être commerciale et évoluer plus tard. Elle montre surtout qu’aucune deuxième destination n’a encore été intégrée à la communication des ayants droit.
Les visuels diffusés depuis vendredi doivent être lus avec la même prudence. Les sept zones, les hôtels et le dragon géant appartiennent au concept saoudien. Aucun plan ou concept art identifié comme français n’a été publié.
Un terrain de Courdimanche qui a un lourd historique

L’adresse paraît logique. Mirapolis conserve une forte notoriété locale, tandis que la gare de Cergy-le-Haut, terminus du RER A, se trouve à proximité. Mais le terrain ne se résume pas à une grande friche disponible.
Le périmètre étudié en 2024 sur l’ancien site couvre environ 30,6 hectares, selon l’avis de l’Autorité environnementale d’Île-de-France. C’est nettement moins que les 50 hectares du parc saoudien, avant de compter les accès, les parkings ou d’éventuels hôtels. La version plus réduite rapportée par Politico pourrait tenir sur une surface inférieure, mais aucun plan d’ensemble ne permet de vérifier cette hypothèse.
Ce même terrain faisait déjà l’objet d’un autre programme comme cité précédement. La société SNC Cergy y envisageait 150 cottages touristiques, représentant environ 900 lits, ainsi que 351 logements en coliving. Une partie de l’emprise est occupée depuis 2017 par une communauté de gens du voyage.
L’étude environnementale du programme précédent recensait également des sujets de biodiversité, de gestion de l’eau, de pollution des sols, de circulation et d’émissions de gaz à effet de serre. L’Autorité environnementale demandait que les effets soient analysés sur l’ensemble des 30 hectares et non sur la seule première tranche.
La desserte restera une autre inconnue. La présence rapportée d’Île-de-France Mobilités et de RTE lors de la réunion de juillet indique que les besoins ferroviaires et électriques ont été identifiés très tôt. Elle ne permet pas de savoir quels travaux seraient nécessaires, qui les financerait ou combien de visiteurs le réseau pourrait absorber lors des journées les plus chargées.
Un public massif, sans prévision de fréquentation
La popularité de la licence constitue l’argument le plus évident du projet. Selon l’Arcom, 42 % des Français consomment des mangas ou des animés. En 2024, 36 millions de mangas ont été vendus dans le pays, pour un chiffre d’affaires de 309 millions d’euros.
Ces données documentent la popularité du manga et de l’animation japonaise. Elles ne mesurent pas la volonté de payer un billet de parc. Pour évaluer le projet de Courdimanche, il faudrait connaître le prix envisagé, la capacité quotidienne, le nombre de jours d’ouverture, les dépenses attendues en restauration et en produits dérivés, la place de l’hébergement et la part de visiteurs étrangers. Aucun de ces paramètres n’est disponible.
L’histoire du site apporte ici un précédent utile. Mirapolis visait deux millions de visiteurs lors de sa première année. Il en avait accueilli environ 600 000 en 1987, selon L’Écho touristique. La fréquentation avait atteint un million l’année suivante sans permettre au parc de trouver son équilibre. Il a fermé en octobre 1991, après cinq saisons et des pertes accumulées.
Le rapprochement est d’autant plus singulier que le premier Mirapolis avait déjà été soutenu par un financier saoudien, Ghaith Pharaon. Le secteur des parcs, le marché francilien et les méthodes d’exploitation ont profondément changé depuis les années 1980. Le précédent rappelle toutefois la fragilité des prévisions de fréquentation et le coût d’une destination qui doit continuer à attirer après sa saison d’ouverture.