Walt Disney Imagineering intègre l'IA générative dans la conception de ses attractions avec Adobe
Walt Disney Imagineering franchit une nouvelle étape dans l'utilisation de l'intelligence artificielle. Le 16 juin, Adobe et la division chargée de concevoir les parcs, attractions, hôtels et bateaux de croisière Disney ont annoncé un partenariat autour de Firefly Foundry, une plateforme permettant de créer des modèles d'IA générative entraînés sur les contenus propriétaires d'une entreprise.

Depuis ses bureaux de Glendale, Imagineering conçoit chaque attraction, hôtel ou croisière en faisant passer des centaines d'idées par un cycle long : croquis, rendus, révisions, maquettes physiques, puis prototypes. C'est ce cycle que l'accord avec Adobe cherche à raccourcir. Le dispositif s'appuie sur Firefly Foundry, une offre d'Adobe permettant à une entreprise d'entraîner son propre modèle d'IA générative sur ses actifs internes.
Une IA entraînée sur les archives de Disney
Depuis plus de soixante-dix ans, les Imagineers accumulent croquis, concepts, maquettes, rendus et plans issus des différents projets Disney à travers le monde. C'est sur cette bibliothèque interne que sera entraîné le modèle développé avec Adobe.
Contrairement aux générateurs d'images grand public, qui s'appuient sur d'immenses bases de données collectées sur internet, Firefly Foundry permet à une entreprise de construire un modèle fermé à partir de ses propres contenus. Disney conserve ainsi le contrôle de ses personnages, de son identité visuelle et de sa propriété intellectuelle.
Le système doit notamment être capable de générer des visuels conformes aux codes de franchises comme Mickey et ses amis, La Reine des Neiges, Vaiana, Lilo & Stitch ou encore Cars.
Du croquis au prototype 3D

Adobe et Disney ont présenté trois usages principaux :
- Le premier consiste à transformer un simple dessin à la main en illustration conceptuelle détaillée. Une fonctionnalité qui pourrait permettre aux équipes de tester davantage de pistes créatives dès les premières phases d'un projet.
- Le deuxième usage concerne la génération rapide de visuels liés aux différentes franchises Disney afin d'accélérer le développement de nouvelles expériences.
- Enfin, un troisième outil doit convertir ces concepts en prototypes 3D utilisables pour préparer les chantiers, estimer les matériaux nécessaires ou coordonner le travail des équipes techniques avant même le début de la construction.
Selon Kyle Laughlin, vice-président senior de la recherche et du développement chez Walt Disney Imagineering, certaines tâches qui nécessitaient auparavant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pourraient désormais être réalisées en quelques jours.
Un partenariat cohérent avec la stratégie de Disney
À première vue, cette annonce peut sembler paradoxale. Depuis plusieurs années, Disney mène une bataille juridique contre plusieurs acteurs de l'IA générative accusés d'utiliser ses personnages sans autorisation. Le groupe a notamment engagé des poursuites contre Midjourney et MiniMax, estimant que leurs outils reproduisaient des propriétés intellectuelles protégées.
Pour Disney, la différence est pourtant nette. Le problème n'est pas l'intelligence artificielle elle-même, mais l'utilisation de contenus Disney sans accord préalable. Dans le cas du partenariat avec Adobe, les modèles sont entraînés sur des actifs autorisés, détenus ou licenciés par Disney, dans un cadre contractuel parfaitement défini.
L'entreprise ne cherche donc pas à s'opposer à l'IA générative dans son ensemble, mais à conserver la maîtrise de la façon dont ses univers sont utilisés.
L'IA remplace-t-elle une partie du travail créatif ?

C'est la question qui accompagne désormais chaque annonce liée à l'intelligence artificielle. Adobe comme Disney présentent ces outils comme des accélérateurs de création. L'objectif affiché est de permettre aux artistes d'explorer davantage d'idées, plus rapidement, tout en conservant les décisions créatives entre les mains des équipes humaines.
Mais certains observateurs soulignent que les étapes intermédiaires de la création ne sont pas seulement des tâches techniques. Les croquis, les itérations et les essais abandonnés participent aussi à la construction d'une direction artistique. À mesure que l'IA devient capable de produire des propositions visuelles de plus en plus abouties, le rôle du créateur peut progressivement évoluer : moins produire l'image lui-même, davantage sélectionner, modifier ou orienter des résultats générés par la machine.
La question dépasse largement Disney. Elle traverse aujourd'hui l'ensemble des industries créatives, du cinéma à l'illustration en passant par le jeu vidéo.
Une évolution déjà amorcée chez Imagineering

Ces dernières années, Imagineering a déjà utilisé différentes formes d'apprentissage automatique dans ses travaux de robotique. Certaines technologies ont notamment servi à améliorer les mouvements et comportements de personnages animés afin de les rendre plus naturels et plus crédibles face aux visiteurs.
L'accord avec Adobe marque cependant une étape supplémentaire : pour la première fois, l'IA générative entre directement dans les outils utilisés pour imaginer les futures expériences Disney.
Pour les visiteurs, les effets resteront probablement invisibles. Mais derrière les murs des studios d'Imagineering, la conception des attractions de demain pourrait bien commencer par quelques mots saisis dans une interface Adobe avant de prendre forme sous les crayons, puis dans le béton.