Euro Disney condamnée pour homicide involontaire après la mort d’un technicien à Phantom Manor
Dix ans après l’électrocution mortelle d’Olivier dans les combles de l’attraction, le tribunal correctionnel de Meaux a condamné Euro Disney Associés à 225 000 euros d’amende. Bureau Veritas, qui contrôlait les installations électriques du parc, a été relaxée.

Le parc n’avait pas encore ouvert lorsque la demande est arrivée par radio. Le 2 avril 2016, Olivier devait remplacer l’ampoule défectueuse d’un projecteur afin que Phantom Manor puisse accueillir ses premiers visiteurs à 10 heures. Le technicien de 45 ans, employé à Disneyland Paris depuis 2002, a été retrouvé inanimé dans les parties techniques de l’attraction.
Le vendredi 21 août 2026, plus de dix ans après sa mort et six semaines après le procès, la justice a désigné Euro Disney Associés comme pénalement responsable. Derrière une opération de maintenance apparemment ordinaire, l’audience a reconstitué une succession de défaillances qui a laissé une manipulation électrique devenir mortelle.
Une intervention dans un espace sombre, à cinq mètres de hauteur
Olivier travaillait dans un espace sombre et exigu, situé à environ cinq mètres de hauteur. D’après les éléments débattus devant le tribunal, il a déconnecté le cordon au niveau du projecteur sans couper son alimentation à la source. Le câble est donc resté sous tension. Il était dégradé et semblait également inadapté à l’équipement sur lequel il intervenait.
Le contact avec le courant l’a électrocuté. Un collègue a retrouvé son corps inanimé vers 9 heures. Malgré l’intervention des secours, son décès a été constaté une heure plus tard. Phantom Manor est restée fermée toute la journée.
L’accident a bien commencé par une manipulation réalisée alors que le câble était encore alimenté. Le procès a cependant porté sur toutes les protections qui auraient dû empêcher cette erreur d’aboutir à la mort d’un salarié.
Le dispositif qui aurait pu couper le courant n’était pas installé
L’enquête a notamment relevé l’absence d’un dispositif différentiel de 30 milliampères sur cette installation de Phantom Manor, alors que d’autres attractions du parc en possédaient déjà. Ce type de protection détecte une fuite de courant et coupe rapidement l’alimentation. Selon les expertises évoquées à l’audience, sa présence aurait pu éviter l’issue mortelle.
À cette absence s’ajoutaient le mauvais état de câbles électriques, le faible éclairage de la zone et des instructions de travail jugées insuffisamment claires. Les comptes rendus du procès décrivent plusieurs barrières de sécurité défaillantes autour de la même intervention.
La défense d’Euro Disney a insisté sur l’erreur d’Olivier. Son avocate a estimé qu’il avait « oublié de prendre les précautions nécessaires à son intervention et mal évalué les risques ». Ses collègues le décrivaient au contraire comme un professionnel expérimenté, consciencieux et prudent.
Le procureur de la République de Meaux, Jean-Baptiste Bladier, a considéré que les manquements aux obligations de sécurité et de prudence étaient « totalement imputables à Euro Disney ». Le tribunal a finalement reconnu Euro Disney Associés coupable d’homicide involontaire. Bureau Veritas, également poursuivie en raison de sa mission de contrôle réglementaire des installations électriques, a été relaxée, comme le demandait le parquet.
La décision écarte donc la lecture d’un accident qui serait né de la seule imprudence du technicien. Une erreur individuelle peut déclencher un accident. L’organisation du travail et les protections techniques doivent précisément l’empêcher de tuer.
225 000 euros d’amende et des réparations civiles distinctes
Euro Disney Associés a été condamnée à 225 000 euros d’amende, le montant qu’avait requis le parquet. Cette somme constitue une peine pénale recouvrée par le Trésor public. Elle sanctionne l’infraction et ne représente pas une indemnisation versée à l’État pour la mort d’Olivier.
Ce montant atteint le plafond obtenu pour une personne morale à partir de l’amende de 45 000 euros prévue pour l’homicide involontaire par l’article 221-6 du Code pénal. L’article 131-38 porte en effet le maximum applicable à une entreprise au quintuple de celui prévu pour une personne physique.
Le tribunal a traité séparément la réparation des préjudices subis par ses proches. Selon l’UNSA Disneyland Paris, citée par l’AFP, Mélanie et Cassandra, les deux filles du technicien, ont obtenu un peu plus de 113 000 euros de dédommagement au total. D’après le Journal spécial des sociétés, l’UNSA recevra pour sa part 12 000 euros pour atteinte aux intérêts collectifs de la profession.
Disneyland Paris a modifié ses installations après l’accident
Les changements intervenus depuis 2016 suivent précisément les failles discutées au procès. Disneyland Paris a remplacé les projecteurs concernés par des équipements LED, installé des dispositifs différentiels de 30 mA dans toutes ses attractions et revu l’achat des cordons d’alimentation et ses procédures de maintenance. Euro Disney affirme avoir consacré 99 millions d’euros à la sécurité et à l’amélioration des conditions de travail depuis l’accident.
Ce jugement intervient après une autre condamnation d’Euro Disney pour un accident du travail mortel. En 2018, l’entreprise avait écopé de 200 000 euros d’amende après la mort de Daniel Halaburda, agent de nettoyage écrasé par une embarcation d’It’s a Small World en 2010. Le tribunal avait alors relevé des défaillances dans l’organisation et la prévention du travail.
Lors du procès, le procureur a présenté ses excuses à Mélanie et Cassandra pour les lenteurs de la procédure. Après le délibéré, l’UNSA Disneyland Paris a rappelé que ce jugement ne ramènerait pas Olivier et a de nouveau dénoncé le sous-effectif des équipes de maintenance. Pour ses filles, qui avaient 20 et 23 ans au moment du drame, la reconnaissance de la responsabilité d’Euro Disney aura demandé plus de dix ans.