Fun Spot America ferme Atlanta : ArieForce One n'a pas suffi à sauver un parc cheap
Fun Spot America fermera définitivement son parc d'Atlanta le 2 août 2026, trois ans après l'ouverture d'ArieForce One, coaster Rocky Mountain Construction présenté comme le plus grand investissement de l'histoire du groupe. Aucune explication officielle n'a été donnée, pourtant quelques pistes laissent entrevoir la réalité : Fun Spot proposait une expérience au rabais dans un territoire où personne ne venait spontanément pour lui.

Le 2 août, les derniers visiteurs pourront encore embarquer dans ArieForce One. Après cela, Fun Spot America Atlanta fermera définitivement ses portes. Le coaster le plus commenté du groupe restera donc debout jusqu’au bout. C’est le parc autour de lui qui, lui, n’a pas tenu.
Fun Spot n’a pas détaillé les raisons de sa décision. Dans son communiqué du 25 juin, le groupe évoque seulement un choix « extrêmement difficile », remercie ses équipes et précise que les pass saisonniers comme les cartes cadeaux resteront utilisables dans ses parcs de Floride jusqu’à leur expiration. Rien, en revanche, sur l’avenir d’ArieForce One, du terrain ou des autres installations du site.
Fun Spot devait encore rappeler en 2026 qu’il était ouvert toute l’année

Le parc du 1675 Highway 85 North, à Fayetteville existe depuis plus de trente-cinq ans, sous plusieurs enseignes, dont Dixieland Fun Park puis Fun Junction USA, avant d’intégrer Fun Spot America en 2017.
Et pourtant, en février 2026, quatre mois à peine avant l’annonce de la fermeture, Jennifer Martin, responsable des ventes groupes du site, expliquait encore à The Citizen qu’un des problèmes persistants du parc restait sa notoriété locale. Une partie des familles et des employeurs de la région pensaient toujours que Fun Spot Atlanta n’ouvrait qu’en saison. Après trente-six ans de présence sur un territoire, le parc devait encore convaincre son propre bassin de vie qu’il était ouvert en janvier. Difficile de mieux résumer la faiblesse d’ancrage du site : Fun Spot n'a jamais réussi à vraiment s'installer dans les réflexes de sortie de sa clientèle locale.
L’entretien évoquait les groupes scolaires, les événements d’entreprise, les associations, les levées de fonds. Autrement dit, tout ce qui permet à un parc régional de remplir ses creux de semaine, d’amortir ses équipements et de ne pas dépendre uniquement des beaux week-ends. Si ces publics restaient à conquérir début 2026, cela signifie aussi que l’arrivée d’ArieForce One, trois ans plus tôt, n’avait pas réglé le fond du problème.
ArieForce One : une star mondiale dans un parc de fête foraine
ArieForce One ouvre le 31 mars 2023, c'est le plus grand investissement jamais réalisé par l’entreprise. Le choix du constructeur, Rocky Mountain Construction, va dans ce sens : RMC signe certains des coasters les plus suivis au monde par les passionnés, avec des profils nerveux, des airtimes violents et des éléments rarement vus ailleurs.
Sur le papier, Atlanta tient enfin son attraction signature : celle qui peut faire venir des visiteurs qui n’auraient jamais eu la moindre raison de placer Fayetteville sur une carte.
Avec ses 1.036 mètres de parcours, une chute de 44,5 mètres inclinée à 83 degrés, une vitesse maximale de 103 km/h et quatre inversions, le coaster affiche des caractéristiques solides pour un modèle de cette catégorie. Fun Spot met en avant le plus grand zero-G stall d’Amérique et un raven-truss dive inédit. Dans le petit monde des coaster enthusiasts, c’est une arme lourde.
Des passionnés ont donc fait le déplacement : certains sont venus de loin, parfois avec l’idée claire de rider ArieForce One en boucle. Les retours les plus enthousiastes parlent d’un coaster fluide, agressif, généreux en airtime, presque trop ambitieux pour le parc qui l’accueille. Ce « presque » résume tout.
Les estimations sur le coût du projet varient, avec des montants évoqués entre 10 et 13 millions de dollars. Même en gardant cette fourchette avec prudence, l’ordre de grandeur suffit à comprendre le pari : Fun Spot installait une attraction de destination dans un parc qui, jusqu’ici, n’avait pas vraiment les fondations d’une destination.

Autour d’ArieForce One, le reste du site restait pourtant fidèle à ce qu’il avait toujours été : des karts, une arcade, des flat rides vieillissants, quelques attractions familiales, peu de cohérence et presque aucune atmosphère. Le parc continuait à communiquer, à exploiter, à ajouter des nouveautés, comme Hook & Slice en 2025. Mais l’expérience globale restait celle d’une fête foraine permanente posée sur du dur : fonctionnelle, abordable, mais sans décor, sans imaginaire, sans vraie raison de revenir.
L’expérience Fun Spot est objectivement cheap

Il faut le dire clairement : Fun Spot propose une expérience cheap. Les décors sont absents, les ambiances inexistantes, les flat rides datés, les transitions entre zones pratiquement nulles. Plusieurs visiteurs ayant fait le déplacement jusqu’à Fayetteville décrivent une atmosphère morte, l’impression d’un parc laissé à lui-même, des attractions visiblement fatiguées et une exploitation parfois minimale avec parfois seulement quelques attractions ouvertes.
Certains retours évoquent des pneus de friction sur le lift de certaines attractions dans un état d’abandon visible. D’autres racontent des opérations très lentes, avec un seul train envoyé toutes les vingt minutes, ou des employés qu’il faut presque aller chercher sur un autre manège pour qu’une attraction ouvre enfin. et dans un parc comme Fun Spot, où il n’y a ni décor, ni mise en scène, ni récit pour masquer les coutures, tous les problèmes opérationnels se voient immédiatement.
Le modèle économique du groupe est pourtant séduisant sur le papier : entrée gratuite, parking gratuit, paiement à l’attraction ou bracelet illimité. Pour les familles qui refusent les prix des grands parcs, l’offre a du sens. Mais elle impose aussi comme contrainte qu'un visiteur qui entre sans monter, sans manger, sans acheter de bracelet et sans consommer ne rapporte presque rien.
La rentabilité dépend donc du panier moyen, du taux de conversion vers les bracelets, de la restauration, des anniversaires, des groupes scolaires, des événements d’entreprise. Quand le parc ne parvient pas à générer cette dépense, une fréquentation correcte ne suffit pas. On peut avoir du monde dans les allées et un modèle qui ne respire pas.
D'autres possibles sources qui expliquent cette fermeture
Plusieurs éléments de contexte entourent la décision. Le terrain a fait l’objet de démarches administratives récentes, notamment autour d’une procédure d’annexion à Fayetteville. Fun Spot a aussi été impliqué dans un contentieux civil lié à un accident de karting, avec une décision d’appel favorable au groupe en 2024. Des rumeurs ont également circulé sur un possible redéveloppement foncier.
À ce stade, aucun document public vérifiable ne permet toutefois de faire de l’un de ces éléments la cause centrale de la fermeture. Fun Spot n’a annoncé ni vente de terrain, ni projet immobilier, ni sanction réglementaire. Mais même si un facteur foncier ou financier venait un jour à être confirmé, la question de fond resterait intacte. Un parc qui investit 10 à 13 millions de dollars dans son meilleur coaster, puis ferme trois ans après son ouverture, avait manifestement un problème plus profond qu’un simple accident de calendrier.
Le 2 août, Fun Spot Atlanta fermera avec ArieForce One encore opérationnel dans ses allées. L’image est presque trop parfaite : la meilleure attraction du parc était infiniment plus forte que le parc qui l’entourait. Et c’est peut-être précisément pour cela qu’elle n’a pas suffi.