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La fréquentation des parcs d’attractions ralentit au début de 2026 mais leurs revenus résistent

Les premiers résultats publiés en Europe, aux États-Unis et au Japon ne révèlent un secteur devenant plus irrégulier, exposé à la météo et aux déplacements touristiques, mais toujours capable de faire progresser la dépense de ses visiteurs. Sur cinq grands opérateurs observés, trois perdent des entrées et deux en gagnent. Tous tirent pourtant davantage d’argent de chaque visite.

Visiteurs se baladant à Disney Calfornia Adventure / © Jakob Owens

À mi-parcours, 2026 n’a pas encore de bilan mondial. Les classements de fréquentation paraissent avec plusieurs mois de décalage. Le dernier recensement de la Themed Entertainment Association porte sur 2024 : les 25 parcs les plus fréquentés avaient alors cumulé près de 246 millions de visites, en hausse de 2,4 %.

Pour savoir comment va le secteur depuis janvier, il faut regarder les comptes des exploitants. Ceux de United Parks, Disney, Six Flags, la Compagnie des Alpes et l'Oriental Land Company dessinent déjà le paysage de ce début d'année. La fréquentation devient plus difficile à gagner et plus sensible à quelques semaines de pluie, de chaleur ou au recul des touristes étrangers.

Dans le même temps, les parcs vendent mieux chaque visite avec des billets plus chers ou mieux ciblés, de la restauration, des souvenirs, jeux, accès prioritaires, hôtels et événements privés qui empêchent une petite baisse des entrées de se transformer immédiatement en chute du chiffre d’affaires. Cette protection fonctionne toutefois moins bien lorsqu’on descend jusqu’aux bénéfices.

Le début de 2026 ne ressemble pas à une baisse mondiale

Évolution de la fréquentation et de la dépense moyenne par visite chez quatre opérateurs au début de 2026

Aux États-Unis, les signaux sont les plus fragiles. United Parks & Resorts, propriétaire de SeaWorld, Busch Gardens et Discovery Cove, a accueilli 9,28 millions de visiteurs entre janvier et juin. C’est 350 000 de moins qu’un an auparavant, soit une baisse de 3,6 %. Disney enregistre de son côté 1 % d’entrées en moins dans ses parcs américains au cours du trimestre terminé le 28 mars.

Les deux groupes citent la faiblesse du tourisme international. Les données américaines vont dans le même sens : sur les cinq premiers mois de 2026, les arrivées de visiteurs venus de l’étranger ont reculé de 4,8 %. Pour les resorts d’Orlando, leur poids dépasse largement l’entrée puisqu’ils achètent souvent plusieurs journées de parc, des nuits d’hôtel et des repas.

En Europe, la météo a davantage pesé. La Compagnie des Alpes, qui exploite notamment le Parc Astérix, le Futuroscope et les Walibi, est passée d’un recul de 1,8 % après six mois d’exercice à 3,7 % fin juin. Mai a été froid et très pluvieux, avant plusieurs canicules. Depuis la mi-juillet, la fréquentation est repassée au-dessus de son niveau de 2025.

Deux opérateurs progressent. Six Flags a gagné 4 % de visites au premier trimestre malgré 24 journées d’ouverture en moins. Le chiffre reste à manier avec prudence, car la majorité de ses parcs saisonniers sont encore fermés ou peu actifs à cette période. À Tokyo Disney Resort, l'Oriental Land Company fait état d’une hausse des entrées entre avril et juin, portée par le 25e anniversaire de Tokyo DisneySea.

Le tourisme international mondial progressait encore de 2 % au premier trimestre selon ONU Tourisme. Les parcs ne font donc pas face à un désamour général mais dans des marchés matures, un anniversaire réussi à Tokyo, un printemps pluvieux en Europe ou moins d’Européens en Floride suffisent à faire basculer les chiffres de fréquentations.

La fréquentation change de direction selon les groupes mais la dépense moyenne, elle, monte partout

United Parks gagne 1,7 % de revenu par visite sur le semestre. La Compagnie des Alpes augmente de 2 % la dépense de ses visiteurs. Dans les parcs américains de Disney, la hausse atteint 5 %. Six Flags progresse de 6 %. L'Oriental Land Company ne publie pas de pourcentage comparable, mais indique que le revenu moyen a battu un record dans chacune de ses trois catégories : attractions et spectacles, boutiques, restauration.

La fréquentation recule donc de 2,3 % en valeur médiane tandis que la dépense augmente de 3,5 %. Une fois ces mouvements combinés pour chaque opérateur, les recettes liées aux visites progressent encore d’environ 1,1 % en médiane. Autrement dit, le visiteur supplémentaire devient plus difficile à trouver, mais celui qui franchit les portes rapporte davantage. C’est la principale tendance commune des premiers comptes de 2026.

United Parks a récupéré 13 millions de dollars malgré 350 000 visites perdues

United Parks compense partiellement la baisse de fréquentation par une hausse de la dépense moyenne

Le cas de United Parks est un exemple particulièrement éclairant pour traduire cette mécanique. Au premier semestre 2025, chaque visite rapportait en moyenne 80,74 dollars au groupe. Si ce montant était resté identique en 2026, les 350 000 visites perdues auraient retiré environ 28,3 millions de dollars aux revenus.

La recette moyenne est finalement montée à 82,11 dollars. Sur les 9,28 millions de visites conservées, cette différence a rapporté près de 12,7 millions de dollars supplémentaires. La hausse de la dépense a donc absorbé environ 45 % du manque à gagner provoqué par la fréquentation.

La billetterie par personne a baissé de 1,4 %, car les visiteurs n’ont pas acheté les mêmes types de billets et de promotions. Les dépenses réalisées dans les parcs ont en revanche bondi de 5,1 %. Nourriture, boissons, boutiques et services ont ajouté environ 18,1 millions de dollars par rapport à une dépense inchangée, tandis que le rendement plus faible des billets en retirait 5,4 millions.

Au total, le chiffre d’affaires du semestre ne recule que de 2 %, deux fois moins vite que la fréquentation. Sans la hausse des achats, la baisse aurait été beaucoup plus brutale.

Les autres leviers de rentabilité des parcs

Le billet d’entrée reste la première source de revenus, mais toutes les visites ne rapportent pas la même somme. Un billet journée acheté plein tarif rapporte davantage à l’entrée qu’une visite effectuée avec un pass annuel déjà payé ou qu’un billet vendu en promotion. Si les abonnés et les offres à prix réduit représentent une plus grande part du public, la recette moyenne par visite peut donc diminuer, même si le parc n’a pas baissé ses tarifs.

Après les portiques, United Parks augmente les achats alors que le billet rapporte moins. Six Flags gagne 3 % sur les admissions et 10 % sur la restauration, les boutiques, les jeux et les options payantes. Disney attribue sa hausse de 5 % par personne aux billets, aux repas et aux produits dérivés.

Produits dérivés du 25e anniversaire « Sparkling Jubilee » de Tokyo DisneySea / © Disney

Tokyo Disney Resort montre jusqu’où cette logique peut aller lorsqu’elle s’appuie sur une nouveauté attractive. Pour les 25 ans de Tokyo DisneySea, L'Oriental Land Company a vendu des accès Disney Premier Access, des produits commémoratifs, des menus spéciaux et des souvenirs alimentaires. La fréquentation a progressé, le revenu par visiteur a atteint un record et le chiffre d’affaires des parcs a augmenté de 12,3 %.

Enfin, une partie croissante de la dépense se trouve hors du parc. Les hôtels et les événements destinés aux entreprises ont réduit le recul de la Compagnie des Alpes : les revenus issus des billets et des achats sur place baissent de 1,6 %, mais l’ensemble de la division ne perd que 0,8 % à périmètre comparable. Chez Disney, le périmètre domestique Parks & Experiences inclut aussi les hôtels, Disney Vacation Club et les croisières. Ses revenus ont gagné 6 % malgré la baisse des entrées dans les parcs américains.

Le produit vendu dépasse désormais la journée d’attractions. L’opérateur cherche à capter le budget avant l’arrivée, pendant la visite et après la fermeture des grilles.

Une entrée ne représente pas toujours le même client

La fréquentation additionne des passages, pas des portefeuilles. Un détenteur de pass venu deux heures, une famille achetant quatre billets journée et un touriste dormant trois nuits produisent tous des entrées lorsqu’ils passent les tourniquets. Leur contribution aux revenus n’a pourtant presque rien de comparable.

Six Flags illustre bien ce décalage. Son nombre de pass et d’abonnements actifs progressait de 6 % début mai. Le groupe a accueilli 105 000 visiteurs supplémentaires au premier trimestre malgré 24 journées d’exploitation en moins. Une partie de la hausse vient donc de clients déjà engagés qui utilisent davantage leur abonnement, et pas uniquement de nouveaux acheteurs de billets journée.

Une hausse de fréquentation rapporte donc moins si elle vient surtout de passages supplémentaires d’abonnés. À l’inverse, perdre quelques visites de détenteurs de pass coûte moins cher que perdre des familles venues pour une journée complète.

Les revenus résistent mieux que les bénéfices

Évolution comparée du chiffre d’affaires et de la rentabilité chez United Parks, Universal et Tokyo Disney Resort

Rails, manèges, spectacles, allées et bâtiments doivent être entretenus avant de connaître le nombre de visiteurs du jour. Accueillir 3 % de personnes en moins ne permet pas de raccourcir un coaster de 3 %, ni de supprimer 3 % d’un hôtel déjà construit.

United Parks en fournit la démonstration la plus nette. Ses revenus baissent de 2 % au premier semestre, mais ses coûts augmentent de 33,2 millions de dollars, soit 5,4 %. Son résultat d’exploitation chute alors de 31 % et son bénéfice net de 54,4 %. L’argent dépensé en plus par les visiteurs a amorti le choc commercial, pas la hausse des charges.

Universal rencontre la même limite avec un scénario pourtant plus favorable. Au deuxième trimestre, les revenus de ses parcs progressent de 2,7 %, notamment grâce à Epic Universe à Orlando. Les dépenses d’exploitation augmentent de 5,7 % et le bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements recule de 5,1 %. Une grande nouveauté peut donc faire monter les ventes tout en coûtant encore davantage à exploiter.

Tokyo Disney Resort bénéficie du mouvement inverse. Avec plus de visiteurs, une dépense record et des coûts de produits mieux maîtrisés, le résultat opérationnel des parcs progresse de 29,3 %, plus de deux fois plus vite que le chiffre d’affaires. Les mêmes coûts fixes qui pénalisent une baisse de fréquentation amplifient la croissance lorsque les entrées et les achats montent ensemble.

Une croissance plus exigeante pour le secteur

Les premiers mois de 2026 montrent un secteur encore solide, mais très inégal selon les régions. Les parcs américains souffrent du recul des touristes étrangers, les sites européens d’une météo plus extrême, tandis qu’un anniversaire bien construit permet à Tokyo Disney Resort de cumuler davantage de visiteurs et de dépenses.

Pour l’instant, la hausse du revenu par visite absorbe une partie du ralentissement. Elle explique pourquoi une fréquentation en baisse n’entraîne pas automatiquement une chute équivalente du chiffre d’affaires. Elle ne rend cependant pas les entrées secondaires. Chaque visite perdue retire aussi une occasion de vendre un repas, un souvenir, une nuit d’hôtel ou un abonnement.

Le début de 2026 place donc les parcs dans une situation moins confortable qu’une simple lecture des ventes ne le suggère. Ils ont appris à gagner davantage avec le public présent. Les résultats de United Parks et d’Universal rappellent que, lorsque les coûts progressent ou que les absents deviennent trop nombreux, les bénéfices finissent par révéler ce que le chiffre d’affaires avait temporairement masqué.

Dernière modification :
05 Aug 26
Medhy Danet

Medhy Danet est le fondateur de Chronik, média dédié aux parcs à thèmes et aux expériences immersives. Son regard sur le secteur est double : celui d'un passionné qui a grandi avec cette industrie, et celui d'un professionnel qui en a vu les coulisses de près notamment en travaillant à Disneyland Paris.